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Underneath the ground - Lev & Rabastan

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6ème année ϟ Attrapeuse


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MessageSujet: Underneath the ground - Lev & Rabastan Dim 21 Avr - 22:09

UNDERNEATH THE GROUND





« Je fais souvent ce rêve. Ce rêve troublant et alarmant où je ne suis plus moi-même, où toute forme de raison me quitte sans que je n’y puisse rien. Mon corps alors ne m’appartient plus et je navigue sans tenir la barre. Je flotte. Quelque chose me pousse et me tient fermement pour m’empêcher de fuir ; c’est comme si je n’étais plus le capitaine du navire, soudainement c’est une autre personne qui prend les décisions. Et je suis impuissante. Consentante. Ce rêve me fait peur. Pas parce que je ne prends pas les décisions, ou que quelqu’un d’autre me dirige comme un pantin…mais parce que j’aime ça. Je le veux, j’adore laisser ce quelqu’un prendre le pouvoir. Parce que ce quelqu’un me terrifie autant qu’il me plait. Cette personne c’est moi. Mais ce n’est pas vraiment moi. »

Je fermai le livre d’un coup sec, légèrement agacée. Ça n’avait vraiment aucun sens, cette femme n’avait aucun sens. Encore un auteur qui ne se focalisait seulement que sur ses états d’âmes. Je soupirai, laissai mon regard dériver vers la table de chevet de Rabastan. La bougie encore allumée commençait à fondre et à se ratatiner, menaçant de s’éteindre. D’un coup de baguette, je reformai la bougie entièrement. Je laissai retomber ma baguette par terre avec le livre, et pris une inspiration résignée en changeant de position. Précédemment allongée sur le ventre, les jambes se balançant en l’air, je retombai cette fois sur le dos. Mon bras gauche rencontra celui de Rabastan et je tournai mon regard vers lui. Il lisait, absorbé par des sorts de magie noire d’après les quelques lignes que j’avais aperçu. Mon regard glissa sur les traits de son visage concentré.
Après notre réconciliation et son aide précieuse dans « l’affaire Perkins », nous avions repris nos habitudes.  Nous avions vécus quelques péripéties – ne finiraient-elles donc jamais ? Mais je ne me plaignais pas : l’ennui était plus redoutable que les mauvaises surprises. Rabastan avait dû gérer ses démêlés avec la justice dont il était enfin sorti, peut-être pas indemne au niveau de sa réputation mais au moins il n’était pas derrière les barreaux. La crise avait été gérée à la perfection, aucun doute là-dessus. De mon côté, j’avais évité ma propre crise avec la justice grâce à Rabastan, j’avais enterré ma mère et avait appris l’existence d’ignobles fiançailles. Annoncer la nouvelle à Rabastan n’avait pas été un très bon moment, mais sûrement se serait-ce mieux passé si dans le même temps je n’avais pas appris que lui et Bellatrix s’étaient connus… plus intimement que je le croyais. J’avais été furieuse, jalouse au point de lui en vouloir à lui de ne pas me l’avoir dit – je ne pouvais pas vraiment le lui reprocher, après tout il n’avait jamais su pour mes anciennes relations. Mais Bella… la seule raison pour laquelle je n’avais pas souhaité m’en débarrasser était que la serpentarde se trouvait présentement fiancée à Rodolphus et qu’il me paraissait superflu de la virer du paysage. Ce qui ne m’empêchait pas de garder un œil constant sur elle et sa relation avec Rabastan – même si cette surveillance l’agaçait royalement.

Le problème des fiançailles était pour l’instant la priorité, mais il serait vite réglé – enfin, nous l’espérions. Avec toutes ces tensions extérieures, il était devenu important de préserver la paix entre moi et Rabastan. Moi qui cherchais toujours le conflit, me voilà en train de surveiller chaque problème pouvant causer une dispute, une rupture ou une nouvelle stupide guerre. La vérité était que même si j’aimais nos disputes enflammées, et les réconciliations qui allaient avec, elles nous avaient déjà trop séparés. Il était temps de baisser les armes – les baisser, pas les abandonner ! Disons, les ranger sagement dans une poche – et de se serrer les coudes. Unis contre l’adversité, n’était-ce pas ce qu’on pouvait attendre d’un couple ? Nous nous étions assez combattus comme ça, il était temps de faire une pause. Ainsi, toute l’école avait accueilli notre réconciliation sans surprise. L’attention des élèves s’était portée sur autre chose.

Je fixai longuement le plafond de la chambre, résignai à ne pas dormir cette nuit. Il était déjà 2h12 du matin, et le sommeil ne venait pas, se faisait attendre encore et encore. J’aurais pu dormir, laissant mon sorcier continuer sa lecture enrichissante, après tout la lumière ne me gênait pas mais aucun moyen de dormir. Je m’étais retournée plusieurs fois, avait rabattu les couvertures, les avait remontées, avait changé de position encore, m’étais attachée les cheveux, détachée ensuite… Tout ça pour finalement prendre un livre quelconque d’un auteur quelconque dont le nom ne me revenait même pas. Je me relevai, appuyai mon dos contre le mur. J’avais besoin de prendre l’air, ou au moins de me dégourdir les jambes dans la salle commune. Il fallait que je bouge en tout cas.
Je me levai, enfilai une robe de chambre en soie par-dessus ma nuisette noire, pris ma baguette et me retournai vers Rabastan.
- Je descends, l’informai-je.
Pas la peine d’en dire plus, il m’avait vu m’énerver toute seule de ne pas pouvoir dormir. Je tirai les rideaux du lit, et disparut dans la pénombre de la chambre. Je descendis alors jusqu’à la salle commune, pieds nus et en robe de chambre mais peu importait. Je ne m’étais pas attendue à croiser du monde étant donné l’heure. Sauf que voilà, lorsque je posai le pied sur la dernière marche j’aperçus une silhouette familière. J’approchai.

- Tu n’es pas couché…remarquai-je.
Je ne voyais que son dos. Droit, musclé et large. Ses cheveux blonds cendrés qui s’arrêtaient juste au milieu de sa nuque, légèrement en bataille. Ses épaules, carrées, et ses bras qui tenaient un verre d’un liquide ambré. Ce devait être du Whisky Pur Feu. Jude adorait ça. Il aimait l’alcool, tout comme moi, et je me demandais si ce n’était d’ailleurs pas notre seul point commun. Que dis-je ? Nous en avions un plus fort encore : la haine. Cette même haine qui nous pousse sans cesse à nous défouler, à faire du mal, à écraser ce qui se met en travers de notre chemin. C’est cette douleur qui nous broie le cœur, nous enflamme les nerfs, nous empêche de dormir tant elle est violente. Aigüe. C’était à cause de cette famille. Maudite famille pleine de secrets, de malheurs, et de honte. La trahison du père, la haine de la mère, l’absence de l’oncle et la violence du frère… et moi dans tout ça ? Avais-je joué un rôle ou n’étais-je seulement que la triste victime de cette sordide histoire ? Avais-je une fois fait du mal à mon propre sang ? Ma mère dirait « oui ». Mon père ne répondrait pas. Mon frère me frapperait pour avoir seulement posé la question.

Je dirais que non. Même si me poser en victime ne me plaisait pas, je n’avais fait que subir leurs erreurs. Et je ne me voyais pas leur pardonner. Voilà une chose dont je ne me vanterai pas ; leur pardonner était-il donc ce que j’aurais dû faire ? Et si j’avais dit un jour à ma mère « Tu resteras la plus belle. La plus fière. Je ne prendrai ni ta place, ni ta gloire et tu n’as pas à avoir peur. » ? Aurait-elle cessé de me haïr ? Non. Cesser de haïr pourrait impliquer le commencement d’une quelconque affection entre nous. L’amour est un principe proscrit chez les Dunkan. Ou du moins, dans son aspect le plus pur et le plus beau. Il prend parfois des formes plus sournoises et moins douces. Celles-là même que je connais. Celles qui font mal, qui blessent dans l’âme. Lorsqu’il n’y a pas d’amour, l’on se contente de n’importe quoi n’est-ce pas ? Pardonner est un pas de plus vers cet amour. Mais si je ne pardonnais pas à Jude à chaque bleu, chaque trace sur mon corps… peut-être ne serais-je pas ainsi, à réitérer la même expérience… Peut-être est-ce finalement l’encourager à le faire, encore et encore ?
Et si je vous disais que dans chaque coup, chaque insulte et chaque grain de fureur qu’il a, j’y trouve de la souffrance, de la tristesse, mais de l’amour aussi ? Si je vous disais que c’est sa seule manière de me dire qu’il a mal, et qu’il me demande de l’aide, qu’il a besoin de me faire mal pour se faire du bien ? Et que j’accepte…j’accepte, oui. Parce que je l’aime. Un frère est un frère. Nous partageons les mêmes malheurs, le même sang et les mêmes maux, peut-être à différentes mesures mais nous découlons des mêmes deux êtres.

- J’ai du mal à dormir, dit-il avec acidité.

Pourquoi se montrait-il déjà agressif ? Je fronçai les sourcils, m’assis précautionneusement sur le fauteuil à côté du sien. Chacun de mes mouvements étaient pesés, calculés. Comme si j’avais peur que trop de vitesse, de brusquerie ou de naturel puisse mettre le feu aux poudres. Je me surpris à le regarder en détails. Il était tourné vers la cheminée, et les ombres des flammes venaient épouser les courbes de son visage comme pour les embrasser doucement par de petites vagues. Ses sourcils étaient froncés, et la tension se lisait aisément sur ses traits bien dessinés. Il était serein en apparence, mais je connaissais suffisamment mon frère pour savoir que le calme précédait toujours la tempête.
Les mains posées sur mes genoux, mal à l’aise, je continuai.
- Je comprends, articulai-je en regardant droit devant moi.
Je le sentis bouger, mais ne tournai pas la tête vers lui. L’atmosphère se chargeait rapidement en électricité. Pas le genre d’électricité que j’affectionnais habituellement.
- Toi ? Tu comprends ? se moqua-t-il. Mais que comprends-tu Gaël, si ce n’est comment tourner le dos à ta famille ? Que comprends-tu de la mort de notre mère, à part la douce délivrance de sa présence ?
Mes yeux trouvèrent instantanément les siens. Rencontre presque trop violente des regards. Bleus glacés et étincelles meurtrières. Glace contre glace, feu contre feu.
- La mort de notre mère m’affecte tout autant que toi Jude ; je n’ai jamais tourné le dos à ma famille que je sache, répliquai-je sèchement.
Son dos alla rencontrer  le dossier du fauteuil vert, la main qui tenait son verre toujours posée sur l’accoudoir, et l’autre venant à présent trouver ses cheveux pour remettre les quelques mèches folles dans les rangs. Il prit un air mi-moqueur, mi-amer. Tout ce que je voyais moi, c’était du mépris. Un brin de dégoût enrobé d’un amusement feint et écœurant.
- Je t’en prie Gaël, épargne-moi ta mauvaise surprise. Je ne suis ni dupe, ni stupide.
- Oh mais pries moi Jude. Autant que tu voudras même ! Je ne te savais pas si doué en fausse accusations. As-tu seulement des raisons de me tenir responsable puisqu’il s’agit réellement de cela, n’est-ce pas ?
- J’ai mes raisons oui,
siffla-t-il. Tout ça c’est ta faute. Tu as tout planifié pour tu sois débarrassée d’elle à jamais. Je sais ce qu’il y a dans ta sale petite tête d’égoïste capricieuse. Je sais à quel point tu voulais qu'elle disparaisse, tout ça parce qu’elle me regardait moi et pas toi. Tu as toujours été jalouse …

Mais il ne poursuivit pas. Parce que c’était stupide, parce que ces raisons étaient irrationnelles et n’existaient en aucune manière dans la réalité. C’était dans sa tête tout ça. Juste dans sa tête. Je n’avais jamais été réellement jalouse de Jude. Oh évidemment, il y avait eu une période pendant laquelle j’avais envié les intentions qu’avait Mère pour lui, mais tout ceci c’était vite effacé avec la dure réalisation que Mère était un poison, ni plus ni moins. Elle faisait mourir et souffrir tout ce qu’elle touchait. Dès l’instant où j’avais compris que sa présence était intoxicante, ma jalousie d’enfant avait disparu. J’avais plaint Jude pour être pris dans cet engrenage infernal : consentant et aveugle, il n’avait jamais vu le mal que cette femme lui faisait, et il ne le verrait sans doute jamais.
Je pris une légère inspiration, essayant de taire l’agacement et la colère qui montaient.
- Ecoutes, Mère aurait sûrement voulu qu’on se dispute à ce sujet. Je n’ai pas envie de lui faire ce plaisir…
Un silence suivit mes paroles, mais c’était le silence dont nous avions besoin pour ne pas laisser la rage prendre le pas sur la raison.
- Si tu avais pu la sauver, tu l’aurais fait ?
Sa question me prit de court. Il planta son regard dans le mien, et je fus prise au piège. La réponse, je le connaissais pour souvent y avoir pensé. Mais elle était tellement affreuse que j’avais trop de honte à le dire à haute voix.
- Oui, mentis-je.
Mensonge éhonté. Je l’aurais laissé mourir, plutôt deux fois qu’une. Elle avait fait de ma vie un enfer, m’avait frappé, terrorisé, rabaissé chaque jour. Elle m’avait volé mon frère en lui empoisonnant l’esprit, elle m’avait volé mon enfance et ces crimes étaient impardonnables. Mais sûrement était-ce plus facile de la condamner elle, plutôt que lui ? Pourtant, il était coupable également.
Il se leva immédiatement et je su que la tempête était là. Nous y étions…
En soit, c’était presque devenu naturel, familier, ordinaire. Une habitude, une routine infernale. Je le vis rapidement lancer un sort informulé sur la pièce, et je su que c’était pour qu’aucun bruit ne s’échappe. Je levai les yeux vers lui. Il se pencha vers moi, me faisant reculer dans le fauteuil. Ses mains se posèrent de chaque côté, sur les accoudoirs et il me fixa. Je soutins son regard, c’était bien la seule chose que je pouvais faire avec la peur qui paralysait mes membres.
- On sait tous les deux que c’est faux, souffla-t-il. Mère n’aurait pourtant pas mérité ça. Elle a toujours été une mère modèle, elle nous a élevé selon les principes traditionnels, s’est occupée de nous depuis notre naissance. Tu n’as jamais su la rendre fière, voilà tout !
- Une mère modèle ?! Est-ce que tu t’entends ? m’exclamai-je. C’était un monstre Jude, pas une mère. Ou alors, soyons plus clairs et disons seulement que tu as eu une mère et pas moi. Elle t’a peut-être élevé, gâté, et tout ce que tu veux, mais pas moi… Je dois cependant admettre qu’elle a fait du très bon travail avec toi, je n’ai jamais vu de lavage de cerveau aussi bien réussi. J’aurais dû la féliciter pendant qu’elle était encore en vie…

La gifle fut rapide, mais cuisante. Aucune hésitation dans le geste. La colère grimpa d’un cran, et je sentis mes joues prendre une teinte colorée tant le sang était monté vite, d’un seul coup. Je glissai discrètement une main jusqu’à ma poche où se trouvait ma baguette, tandis que Jude poursuivait déjà.
- Je prends mes propres décisions ! tonna-t-il. Je n’ai jamais eu besoin de Mère pour cela !
- Alors j’ai dû halluciner en la voyant murmurer à ton oreille chaque jour, presque perchée sur ton épaule en permanence, et toi…trop aveugle pour le remarquer tu suivais ses ordres à la lettre ! Cette sale…

Un coup de poing cette fois, je sentis ma lèvre se fendre. Je grimaçai, goûtant le sang qui commençait à s’échapper de la petite blessure. Mais j’étais lancée…c’était sûrement la colère qui me permettait de ne pas me focaliser sur la douleur.

- Tu peux me frapper autant que tu veux, ça ne changera pas le fait qu’elle est morte et enterrée ! Et tu sais quoi … ? Bon débarras ! J’aime la savoir sous terre !
Une lueur mauvaise passa dans son regard et  j’attrapai vivement ma baguette. Moins vivement cependant que sa main, qui s’abattit sur mon poignet et le tordit violemment. Je ne retins pas mon cri de surprise et de douleur. Ma main lâcha d’elle-même la baguette qui tomba par terre. Je grimaçai et fondis sur lui pour le pousser et le faire tomber. Il chancela sous mon poids, mais ne tomba pas. Il était plus lourd que moi, plus fort. Puisqu’il recula sur le moment de quelques pas, je me jetai par terre pour atteindre la seule arme qui puisse m’être utile contre lui. C’était le moment ou jamais, je le savais. Et il n’y avait d’ailleurs aucune autre pensée qui traversa mon esprit à cet instant. Je ne pensais plus, ou seulement à ses mouvements et aux miens.
Un bras puissant se saisit de ma taille au seul petit moment de surprise que j’aurais pu utiliser pour récupérer ma baguette. Un bras qui enveloppa mon corps en l’écrasant contre le sien. Je cessai de respirer sous le choc.
- Lâche-moi Jude ! criai-je.

Il me propulsa contre le mur près de la cheminée et je me retournai pour lui faire face prête à me défendre. Mais non. Il se passa en réalité une chose qui ne s’était jamais produite auparavant. Sa main vint trouver mon cou et j’eus un hoquet de surprise – d’horreur plutôt. Il me serrait trop fort, beaucoup trop fort et son regard s’était enflammé dangereusement. C’était différent cette fois-ci. Je n’arrivais pas à savoir quoi, comment, mais là tout de suite j’avais peur. Elle était montée soudainement montée d’un cran. Je n’avais jamais eu peur lors de ces nombreux moments où ses mains venaient à me frapper si fort que je perdais connaissance : j’avais mal, tellement mal… mais je savais que Jude ne me tuerait jamais, je savais qu’il y avait une limite chez lui qui l’en empêchait.
Mais la limite existait-elle toujours ?
Il vint un moment où mes pieds ne touchèrent plus le sol, où sa main enserra tellement mon cou que je n’arrivais plus à respirer. Ce n’était plus pour faire mal, plus seulement…
Je remuai mes jambes, griffai ses bras, tentai d’atteindre son visage, ses épaules. Mais je n’arrivais pas à lui faire mal, comme dans un de ces rêves où vous combattez votre ennemi sans pouvoir l’atteindre ou le blesser car tous vos membres sont engourdis, lents, impuissants. Mes ongles se plantèrent dans ses avant-bras et je suffoquai. J’avais l’impression que mon cou était minuscule entre ses deux mains puissantes. Un véritable étau de fer et moi…une petite balle en mousse que l’on pouvait tordre à volonté. Je ne pouvais plus respirer, sa poigne ne se relâchait pas. Je voulus lui donner un coup de pied, mais ma vision se brouilla, mes jambes étaient raides. Au fur et à mesure, je perdais des forces. Il me semblait que ma trachée était écrasée, pressée comme un citron. J’essayai de retrouver mon souffle, d’avoir un peu d’air, je cherchais de l’air autant que je cherchais la force de me débattre.
Trouvée. Je balançai mes jambes, essayant de l’atteindre et ce fut mon genou qui rencontra une partie trop sensible de son anatomie.
BAM
Je l’avais envoyé cogner son entre-jambe d’un coup sec.
Jude retomba sur le sol, la douleur lui arrachant un cri guttural. Et je tombai aussi, à présent plus retenue par sa poigne de fer autour de mon cou. Sauf que tout mon poids retomba sur mon pied gauche. Un cri de douleur mourut entre mes dents serrées.
J’ouvris enfin la bouche, laissant l’air s’engouffrer dans mes poumons.
De l’air…
De l’air…

Je toussai,  j’avais l’impression que ma gorge me brûlait de plus en plus depuis que la pression de ses mains n’était plus exercée. Je voyais des tâches noires devant mes yeux, et le reste…flou. Trop flou. Le front collé au sol et les mains accrochées au bout du tapis que j’avais attrapé, je tendis un bras pour me saisir de ma baguette au plus vite, mais je n’arrivais pas à bouger. Mon pied me faisait mal, la douleur agissait comme des piques ardentes sous ma peau. Je pensais que c’était fini. Mais c’était mal le connaître. Connait-on vraiment son frère ?
- Gaël ! cracha-t-il dans un cri.
Il m’attrapa violemment par les cheveux et je voulus attraper le pied du fauteuil mais trop tard. Il était plus rapide que moi. Il me tira douloureusement jusqu’à la cheminée. J’aurais hurlé si ma gorge ne m’avait pas autant brûlée. Jude me retourna ensuite sur le dos pour pouvoir lui faire face à nouveau. J’étais allongée là, devant la cheminée qui diffusait sa chaleur ardente et ses ombres dansantes. Je respirais mal, peinais à retrouver un rythme convenable. Là, debout devant moi se dressait mon frère.
Jude paraissait plus grand, fort, impressionnant - terriblement effrayant ainsi. Il me dominait de toute sa hauteur et je n’avais plus la force de me lever, de répliquer.
- Arrête Jude, articulai-je – mais le son de ma voix fut faible, comme si les mots se coinçaient dans ma gorge. Je ne reconnus pas ma voix, c’était un faible son rauque.
J’aurais voulu ne pas pleurer, mais c’était plus fort que moi. Ce n’était pas tant la douleur, j’avais appris à l’endurer. Mais cette horrible réalité qui se faisait jour, petit à petit, et c’était bien le problème…la lenteur atroce de cette vérité qui peinait tellement à se développer. Et j’étais là, consternée en me répétant « Mon frère, mon propre frère ». C’était tout ce que à quoi je pouvais penser. Notre famille était-elle tombée aussi bas ? Plus bas que terre, je le craignais.


Ce moment-là amorça la fin dramatique du combat…
Jude retomba sur moi, jambes de chaque côté de mon corps. Ses mains retrouvèrent mon cou et les miennes ses poignets, dans un même mouvement. J’essayais tant bien que mal de les faire bouger, de lui faire mal. Peine perdue : sans baguette, mon impuissance était aussi frustrante qu’humiliante. Il pressa ses mains. Pressa. Pressa.
J’avais envie de lui crier d’arrêter cette folie.
Mais impossible de parler. Impossible de bouger.
Impossible de respirer.
La douleur était aussi fulgurante que la première fois. Il n’hésitait pas, ne vacillait pas, son regard était fixe, haineux mais déterminé. Encore cette envie de hurler… Cela n’aurait servi à rien, Jude avait tout prévu avec le sort d’insonorisation.
Des larmes s’échappèrent, roulèrent. Je n’avais pas envie de mourir comme ça. Pas par lui. Il y avait des milliards de morts différentes, mais c’était celle-ci qui me dégoûtait le plus.
Je voulais vivre.
Je voulais respirer.
Juste un peu d’air.
Lui demander d’arrêter.
Stop.
Jude, arrête.
Et les ombres dansaient, dansaient sur son visage, dansaient comme de petites déesses de feu dans ses yeux bleus. Elles me narguaient presque.
Mon bras gauche retomba sur le rebord de la cheminée, exposé à la chaleur de l’âtre à mes côtés. Je sentis la chaleur au bout de mes doigts. Ils se resserrèrent alors d’eux-mêmes sur le manche d’un objet métallique.
Ce fut rapide. Comme un réflexe. Mon esprit n’eut même pas le temps de pleinement réaliser le geste. Ma main l’avait agrippé avec une rage folle ….
J’avais fait ça déjà, sur des animaux, sur des stupides moldus. Juste blesser, pas tuer. Mais sentir s’enfoncer la lame dans la chair …La sensation était largement différente. Ma main s’était crispée sur le manche du tisonnier au bout brûlant, si fort que j’en avais mal aux jointures. Je m’y étais accrochée de toutes mes forces – celles qui me restaient et qui résultaient plus de la peur, de l’adrénaline et d’un surprenant instinct de survie.
Alors je le plantai dans son flan une fois. Deux fois. Trois fois. L’angle dévia, ce fut son dos à présent que le tisonnier attaqua. Il y avait dans l’air cette odeur de chair grillée qui m’aurait soulevé le cœur une autre fois. Je m’en fichais.
Le tisonnier entrait, sortait. Il transperçait la chair rapidement, encouragé par l’adrénaline qui parcourait mes veines. Ses mains avaient lâché mon cou. Mes oreilles bourdonnaient, je n’entendis pas tout de suite les horribles gargouillis sui s’échappèrent de ses lèvres.
Son corps retomba lourdement sur moi, ses yeux grands et sa bouche grands ouverts dans un spasme de douleur.
Et puis, plus rien. Ça ne dura que quelques instants où l’air s’engouffra douloureusement dans mes poumons.
J’étais libre.
J’étais en vie, je pouvais respirer.
Il y eut un instant où je me sentis flotter dans une chaleur ambiante, où les ombres dansantes me bercèrent. Mes paupières étaient lourdes, je voyais toujours des tâches noires qui me brouillaient la vue.
Et je me fichais du corps de Jude sur le mien.
Je me fichais de sentir le sang chaud de mon frère glisser sur ma peau, s’écouler sur moi.
Ma main avait retiré le tisonnier encore brûlant de son dos, mais elle resta crispée sur le manche. Je n’arrivais pas à la lâcher. Je ne pouvais toujours pas bouger. J’étais pétrifiée, mais en vie.
Mes lèvres tremblèrent légèrement mais aucune larme ne vint goûter mes joues.
Jude était mort.
Jude n’était plus rien.
Rien de vivant.
Je n’avais plus ni frère ni bourreau.
Je levai les yeux au plafond sans un mot. Je ne pouvais pas parler ou même pleurer.
Je venais de tuer mon frère.


[b]


Dernière édition par Gaël A. O. Dunkan le Dim 10 Nov - 21:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Underneath the ground - Lev & Rabastan Lun 29 Avr - 14:48

Comme toujours, la séance de Magie Noire se déroulait dans le cachot dissimulé, découvert par l’enseignant au début de l’année. Les élèves de Durmstrang étaient assurés de n’être nullement dérangés par un élève de Poudlard ou de Beauxbâtons en vadrouille, et cela rendait inutile les sorts de protections qu’ils auraient été obligés d’ajouter s’ils avaient utilisé une salle de classe ordinaire. Lev appréciait toujours autant ces cours nocturnes, qui lui rappelaient ses années passées dans l’Institut russe, et qui se révélaient bien plus intéressants que les cours de Défense contre les Forces du mal qu’on leur infligeait quelques étages plus haut. Certes, il était toujours intéressant de savoir se défendre contre un Détraqueur –le seul point faible de Lev en la matière étant donné que, en septième année, il était l’un des rares élèves à ne jamais être arrivé à produire un Patronus corporel, et il en savait pertinemment la raison. Les décès subis dans sa famille l’avaient marqué trop profondément pour qu’il éprouve pleinement la joie nécessaire à la production d’un tel sort, qu’elle fût innocente ou malsaine. Cependant, la Défense contre les Forces du Mal ne possédait ni le charme ni la beauté ensorcelante de la magie noire ; elle n’avait pas ses méandres tortueux, les possibilités immenses qui s’ouvraient à chaque nouveau pas fait sur ce chemin labyrinthique ; elle n’avait pas cette capacité à se renouveler sans cesse, cette volonté de creuser au plus profond de l’âme humaine pour en extirper tous les secrets, toutes les sensations, et en profiter au maximum. Non, elle se contentait de réagir à une agression ; c’était une magie d’action, et en cela, elle paraissait plus faible à Lev. Sans compter, évidemment, que les stupides normes morales imposées par la majorité des sorciers la limitaient considérablement. La magie noire n’avait d’autre limite que celle de l’imagination et du pouvoir que chaque sorcier était prêt à lui consacrer. Là résidait sa vraie puissance ; c’était une magie que l’on pratiquait tout entier, avec son âme, elle offrait autant qu’on lui donnait…et c’était sans doute pour cela que les sorciers y ayant un jour pris goût avaient le plus grand mal à s’en débarrasser définitivement par la suite. La magie noire s’emparait doucement de l’âme, et il fallait une grande force de caractère, non pour la domestiquer, mais pour l’apprivoiser, la caresser et en faire une amie obéissante. Lev aimait la magie noire, et rien ne pourrait le lui retirer. Ce goût avait été cultivé dès son enfance par ses parents, puis par son frère et sa tante, et le Serpentard y avait répondu avec tout l’enthousiasme voulu. Un enthousiasme qui ne s’était jamais démenti au fil des années, et qui se manifestait une fois encore ce soir-là.
Ils approchaient de la fin de l’année et du cours sur les Inferi que Lev attendait avec une certaine impatience. Mais pour cette nuit, le professeur avait privilégié les tortures mentales, les sorts qui emprisonnaient les victimes dans de terribles illusions, dans leurs pires cauchemars, leur infligeaient en esprit les pires sévices, sans qu’elles aient une chance de s’en sortir. La volonté du sorcier les maintenait dans un univers fait de terreurs que rien ne pouvait résorber, et le lanceur de sort ressentait toute l’intense horreur de sa victime. C’était jouissif. Ces sorts nécessitaient cependant une certaine maîtrise ; lancés trop fort ou sans contrôle, ils pouvaient entraîner la victime dans la folie, provoquer des crises cardiaques… Avec de tels maléfices, l’expression « mourir de peur » prenait tout son sens et trouvait une application littérale. Tout au long de la séance, les élèves s’étaient entraînés à moduler justement leurs sorts, en fonction du résultat qu’ils souhaitaient obtenir. Ils n’avaient malheureusement pas de cibles réelles sur lesquelles s’entraîner ; les animaux ne pouvaient servir à un tel exercice : les peurs et les cauchemars qu’ils pouvaient vivre n’offraient que peu de possibilités. C’était au professeur de juger les effets qu’auraient eu leur maléfice, et Lev le regrettait. Il aurait voulu lancer ses sorts pour de bon, regarder quelqu’un d’autre souffrir sous ses yeux, éprouver la puissance qui se dégageait de cela… Vraiment, le cours était lacunaire dans ce domaine, et il n’était visiblement pas le seul à penser ainsi, comme il le constata en croisant le regard de son cousin Azrael. Lev lui adressa un léger sourire de connivence, presque invisible. Pour lui, c’était le soir ou jamais. Il se sentait en relative bonne forme : sa migraine restait sous contrôle, et il avait pu se reposer en fin d’après-midi, entre les cours et le dîner, puis après celui-ci. Les quelques heures passées à dormir sans encombre lui avaient rendu une partie de sa forme. Pour autant qu’il pût en juger, le garçon estimait peu probable, dans les heures à venir, la survenue d’une crise propre à l’envoyer à l’infirmerie. Elles étaient plus nombreuses, plus pressantes, mais il avait encore des moments de grâce.

Ainsi, dès la fin du cours de Magie Noire, le garçon ne suivit pas le reste de la classe qui se dirigeait en majorité vers la salle commune de Serpentard. Il accompagna cependant les élèves sur une partie du trajet, se mêlant au groupe par prudence, tout en veillant à rester en arrière. Et sans attirer l’attention, il prit le couloir qui remontait vers le rez-de-chaussée, où il aboutit rapidement. Le hall était plongé dans l’obscurité, mais Lev jugeait inutile de s’éclairer. Par chance, la nuit était claire, le ciel dégagé : quelques rayons de lune tombaient par les fenêtres, suffisants pour se guider et éviter les obstacles, jouaient dans ses cheveux clairs, leur donnant une teinte argentée. Toute lumière supplémentaire ne ferait que le rendre repérable, et il perdrait tout avantage. La chasse était ouverte à présent ; Poudlard était à lui dans son entièreté. Ne restait plus qu’à trouver l’inconscient qui aurait jugé bon de se lever et d’arpenter les couloirs de pierre à une heure du matin… Ce n’était pas une espèce si rare parmi la faune de Poudlard. Certains aimaient les vagabondages au clair de lune, mais alors, ils acceptaient la règle du jeu, les dangers inhérents à de telles sorties illicites. Parmi les élèves que Lev avait déjà croisés lors de ses escapades, bien peu avaient conservé cette habitude d’errer hors des dortoirs. Le garçon blond se félicitait de contribuer ainsi à leur éducation, tout en regrettant qu’il ait suffi d’une seule bonne leçon pour que la règle fût apprise. Dommage qu’ils ne cherchent pas à désobéir plus souvent… c’était encore plus plaisant de tomber sur quelqu’un que l’on avait déjà croisé, qui savait donc à quoi s’attendre, et s’effrayait à l’avance de son sort. Lev appréciait de voir la peur naître dans leurs yeux, leur prise de conscience de l’erreur qu’ils avaient commise…certains se rebellaient, et c’étaient les plus intéressants. Les autres, pauvres moutons bêlants, se résignaient. Les plus pitoyables essayaient d’implorer pitié, de faire appel à la mansuétude du garçon, de marchander ou d’offrir leurs services en échange. Leur lâcheté trouvait rapidement sa juste récompense.
Le rez-de-chaussée paraissait désert cependant et Lev en éprouva de la frustration. Il n’allait quand même pas s’agir de la seule nuit où tous les étudiants se tiendraient à carreau, bien au chaud au fond de leur lit ! Il s’engagea dans le couloir menant aux cuisines, et en approchant du tableau qui représentait une nature morte, il perçut un frôlement un peu plus loin dans l’obscurité. Un sourire cruel joua sur ses lèvres. Visiblement, la faim avait tiré un blaireau hors de son terrier, à en juger par la direction prise. Quel imbécile… Sa gourmandise allait lui coûter cher. Le Serpentard pressa le pas.

Le fuyard avait perçu sa présence, et plutôt que de tenter de s’échapper en courant, il avait tenté de les semer en se fondant dans les ombres, et en se faufilant dans une petite salle annexe, qui n’avait pas d’autre issue que la porte par laquelle il était entré. C’était décidément trop facile. Le Poufsouffle aurait eu plus de chance en tentant un sprint enfiévré jusqu’à sa salle commune ; le Serpentard n’aurait pas pris le risque de se faire repérer en faisant trop de bruit. Mais là…il avait été le propre artisan de ce qui allait lui arriver. Il ne pourrait que s’en prendre à lui-même. Lev déclinait d’avance toute responsabilité dans le choix de la victime qui s’était imposée à lui d’elle-même, presque de son propre choix. Comment refuser une telle invitation ? C’aurait été presque faire offense au Jaune et Noir que de refuser sa proposition si tentante.
Lev referma la porte de la salle dans leur dos, s’assurant d’un sort que personne ne pourrait l’ouvrir. Le Poufsouffle s’était adossé au mur d’en face, les yeux écarquillés mais le dos droit, la baguette à la main. Dans l’autre, il tenait encore un assortiment de gâteaux et de confiseries diverses, témoin de sa fringale nocturne.

–Bonsoir, fit doucement Lev.

Les yeux du Poufsouffle s’écarquillèrent encore plus, et il leva sa baguette, sans doute pour jeter un sort. Il n’en eut pas le temps ; Lev l’en empêcha. Et passa rapidement aux travaux pratiques, alternant les sorts qu’il venait juste d’apprendre.

Malesomnia incarcerem, jeta Lev.

Le Poufsouffle étendu au sol parut se figer un instant. Ses yeux demeuraient grand ouverts, presque exorbités. Puis il commença à frémir, à trembler…à s’agiter comme s’il tentait d’échapper à quelque chose de véritablement terrifiant. Sa bouche s’entrouvrit sur un hurlement de terreur muet. Tous les muscles de l’élève étaient crispés, tendus à se rompre dans ses efforts pour s’échapper ; il hurlait en silence mais de toute la force de ses poumons, à en juger par la façon dont sa gorge se tendait. À croire qu’il allait se rompre les cordes vocales. Le résultat était tout à fait intéressant. Par le biais du sort, Lev avait un aperçu de ce que voyait le Poufsouffle, de ses peurs les plus terribles et les plus intimes. Bien mieux que toutes les images moldues, ces « films » dont leur avait parlé le professeur Fabre. Rien ne valait cette proximité avec la souffrance de l’autre, la saisie de ces sentiments bruts, sans barrière. Là, rien n’était du cinéma, justement. Tout était vrai. La terreur exprimée dans ses derniers retranchements, une expression d’un réalisme à toute épreuve, bien plus convaincante que n’importe quel jeu d’un de ces acteurs moldus ridicules. Lev disposait de son petit cinéma personnel, et cela lui convenait parfaitement.
Prisonnier de ses cauchemars et de ses peurs par la seule volonté de Lev, le Poufsouffle était totalement impuissant. Pour lui, tout ce qui se déroulait sous ses yeux était vrai, et il ne pouvait y échapper, malgré tous ses efforts, comme ces songes où l’on reste cloué au sol alors qu’un monstre informe est sur le point de vous attraper. Souffrances physiques, mentales : rien de faux aux yeux de l’élève qui se tordait sur le sol. Ayant assez profité du spectacle, Lev leva son sort au dernier moment, percevant que l’esprit du Jaune et Noir commençait à se fragiliser. Son intention n’était nullement de le rendre fou ; ç’aurait été laisser une preuve de ses actions, et il valait mieux faire preuve de discrétion au sein de l’école. Un élève découvert fou un matin susciterait forcément des tas d’interrogations, soulèverait des suspicions…bref, tout un tas d’ennuis proprement inutiles, et qui amènerait à une surveillance renforcée des couloirs de l’école.

Au moment de partir, satisfait de cette fin de soirée, Lev se retourna vers le Poufsouffle étendu au sol, gémissant, et s’avança de nouveau vers lui. L’élève eut un geste de recul, mais il n’avait plus vraiment de force. Il avait parfaitement vu les visages de ses tortionnaires ; cependant, son silence était quasiment assuré. Il n’avait aucune marque physique attestant de la réalité de ce qu’il avait vécu. De plus, Lev avait depuis longtemps constaté que les personnes honnêtes répugnaient parfois à avouer leurs propres fautes. Le dénoncer, c’était reconnaître qu’on était soi-même en dehors de son dortoir à une heure indue, qui plus est pour se fournir dans les cuisines, auxquelles les élèves n’étaient pas censés avoir accès. Trop d’infractions au règlement pour que le Poufsouffle allât les reconnaître de lui-même devant un professeur. Enfin, l’esprit de clan régnait fortement parmi les élèves de Durmstrang. Lev et le Poufsouffle savaient pertinemment que tous les élèves issus de l’Institut jureraient que le Serpentard était revenu avec eux dans la salle commune et s’était couché normalement. Il n’y aurait aucune preuve du contraire.

–J’ai failli oublier une dernière leçon, sourit le Serpentard.

Il avait envisagé un instant de remettre au goût du jour certains sortilèges étudiés lors des précédents cours de magie noire. Des sévices physiques, cette fois. Il pensait notamment à un sort qui rendait la baguette aussi coupante que du verre…mais pour l’heure, ce n’était pas le sang qu’il voulait voir couler. Non. Il voyait quelque chose de beaucoup plus drôle. D’un geste de la baguette, il lança un équivalent plus malsain du sortilège de gavage, qui tenait là encore de l’illusion, mais pas seulement. Le Poufsouffle mangerait toutes les pâtisseries qui étaient tombées au sol, puis aurait l’impression de continuer à manger, de s’empiffrer jusqu’à en mourir, sans pouvoir s’arrêter tant que durerait le sort. Dommage que la magie ne permette pas de faire apparaître de la nourriture pour de bon…

–La gourmandise est un vilain défaut… Et on est toujours puni par là où on a péché. Je te laisse méditer en toute tranquillité là-dessus.

La soirée n’aurait pu mieux s’achever. C’était une belle façon de donner suite au cours de magie noire et de s’assurer que les sorts de la nuit étaient pleinement acquis. Ce qui était le cas, le Poufsouffle pouvait parfaitement en témoigner. Nul doute qu’il lui faudrait quelque temps pour se remettre de ses terreurs et de son gavage illusoire.
Le garçon blond reprit sans hâte le chemin de sa salle commune. Le hall était toujours aussi désert, aussi silencieux, et il ne croisa âme qui vive. Pas plus que d’âme morte d’ailleurs. Les fantômes avaient décidé d’errer ailleurs pour ce soir-là, traînant leurs mornes lamentations dans les étages. Rejoindre les couloirs qui menaient aux cachots ne prit guère de temps. Lev commençait à rêver de son lit ; la fatigue prenait peu à peu le pas. Il accéléra légèrement l’allure ; aussi rejoignit-il rapidement le mur fermant la salle commune des Serpentards et prononça le mot de passe. Les pierres coulissèrent devant lui, et le garçon s’engagea dans la pièce, qui semblait vide au premier abord. Normal, à cette heure. Il était plus de deux heures du matin. Le feu flambait dans la cheminée, et les ombres jouaient sur les murs aux reflets verts.

En s’avançant vers les quelques marches qui descendaient vers le centre de la salle commune, Lev put cependant constater qu’il n’était pas seul. Morgane ! La surprise le fit s’arrêter un instant, lui tirant un léger sursaut, tandis qu’il regardait la scène qu’il avait sous les yeux. Puis il reprit le dessus. Levant sa baguette, il lança un sortilège afin de s’assurer que personne n’entrerait dans la salle commune : tout élève voulant y descendre éprouverait l’envie pressante de retourner se coucher, tandis que pour quiconque venant de l’extérieur, la porte demeurerait obstinément close. Il était heureux que les enseignants n’aient pas l’habitude de d’effectuer des rondes de nuit dans les salles communes de leurs élèves. Deux secondes plus tard, Lev se jetait au bas de la brève volée de marches.

D’un bond, il fut auprès de Gaël et de Jude. Le frère de celle-ci était mort, c’était évident au premier coup d’œil. À cause des activités mafieuses de la famille, Lev avait déjà eu l’occasion de voir des morts et, sans être un spécialiste, il y avait des signes qui ne trompaient pas. Les yeux grands ouverts, fixes, de Jude ne verraient jamais plus. Et le sang qui avait coulé de ses blessures jusque sur le tapis, le tâchant d’écarlate et de rouille, ne faisait que le confirmer. Dans un éclair, tandis qu’il mettait un genou en terre à côté des Dunkan, Lev revit le corps d’Alekseï, étendu sur le sol, le sang souillant ses cheveux blonds, lui-même en train de s’agenouiller à ses côtés, mais il chassa rapidement cette image, avec effort. Pour l’heure, c’était Gaël qui comptait. Gaël qui respirait encore, même si elle paraissait très faible. Le drame devait certainement avoir eu lieu à peine quelques minutes auparavant, à en juger par le sang de Jude qui n’avait pas eu le temps de sécher et son corps encore chaud. De même, la rigidité cadavérique n’avait pas encore accompli son œuvre, malgré la violence du décès du Serpentard. Lev regretta soudain de n’être pas rentré plus tôt… À quelques minutes près, il aurait pu intervenir, agir, empêcher le drame de se jouer jusqu’au bout… Les yeux verts du garçon enregistraient les détails, tâchant de comprendre ce qui s’était passé, mais il se concentra rapidement sur Gaël, l’inquiétude pointant sur ses traits. Placé comme il l’était, il ne pouvait réunir assez de forces pour la dégager entièrement du corps de Jude, mais il parvint à le faire glisser légèrement. D’aussi près, il était visible que son amie avait souffert de son frère. Les marques sur son cou étaient sans équivoque ; Jude avait tenté de l’étrangler. Mais il était trop tard pour s’énerver de son comportement envers sa sœur ou vouloir s’en venger.

Avec une réelle douceur, il posa une main sur le bras de Gaël qui tenait encore le tisonnier, approcha l’autre de son visage. Elle paraissait en état de choc –on le serait à moins–, et le garçon ne tenait pas à la brusquer, laissant tomber pour le moment le masque qu’il portait en temps ordinaire.

–Gaël…C’est Lev. Tu m’entends ? Je suis là, avec toi…

Son attention se concentrait pour l’essentiel sur la jeune fille, qu’il voulait rassurer avant tout un tant soit peu ; qu’elle sache qu’elle n’était plus seule désormais. Mais une partie de son esprit commençait déjà à réfléchir à la suite des évènements, aux conséquences pour eux tous. Malgré l’aspect terrible de la scène, Lev gardait son calme. C’était essentiel vis-à-vis de Gaël, mais aussi pour gérer au mieux la situation.
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MessageSujet: Re: Underneath the ground - Lev & Rabastan Jeu 25 Juil - 12:32



« Gaël…C’est Lev. Tu m’entends ? Je suis là, avec toi… »

Lev ?! Je mis plusieurs minutes à réaliser qu’il s’agissait bien de lui dans la pièce, juste au-dessus de moi et non d’un délire du au choc et à l’adrénaline.
Je voulus alors ouvrir la bouche pour parler mais rien ne sortit. Les mots se bloquaient dans ma gorge, tentaient de s’échapper sans y parvenir comme de petites choses remontant à contre-courant et se faisant rejeter vers la rive avec une force méprisante. J’entendais mon cœur battre dans mes oreilles, surpassant presque les intonations inquiètes du sorcier près de moi. Son regard ressemblait plus à deux faibles lueurs qui me paraissaient trop éloignées pour pouvoir les atteindre. J’étais dans les profondeurs et Lev à la surface. Une épaisse couche nous séparait et m’empêchait de véritablement l’entendre, le voir ou le toucher. Il me semblait flou, presque estompé par un brouillard qui collait à mes yeux alarmés. Plus encore, effacé à moitié et surpassé par d’autres sons plus forts et désagréables encore qui me paraissaient seulement exister  à l’intérieur même de mes oreilles.
Là, allongée sur le sol ensanglanté, j’étais sourde, muette et incapable de bouger. Terrassée sur place par des décharges électriques qui semblaient partir tout droit de la plante de mes pieds jusqu’à mon crâne. Le contact du tisonnier dans ma main brûlant alors qu'il n'était pas chaud. J’étouffais. Encore.
Ma poitrine se soulevait à un rythme de plus en plus effréné, l’adrénaline laissait agir ses effets. Etait-ce cela une crise de panique ? Mes yeux cherchaient, cherchaient partout autour de moi comme si mes angoisses allaient surgir directement devant eux, comme les ombres de la cheminée pour venir danser sur les murs dans des reflets inquiétants. Je me sentais enveloppée par les ombres, le sang et les odeurs. Une explosion de sensation qui me faisait bouillir le sang et entendre des sons continus et stridents. Ca pulsait, pulsait très fort si bien que j’avais l’impression que mon corps allait exploser.

Ce fut finalement le contact des mains de Lev sur ma peau qui me fit sortir la tête de l’eau. Je le repoussai immédiatement, étouffant une exclamation surprise et paniquée. Ce contact me brûlait. Lev n’était pas l’objet de mon dégoût, et ce n’était pas lui que je regardais en m’éloignant vivement. Je fixai Jude. Toujours Jude.


- Non. Ne me touche pas ! m’écriai-je.

Je me dégageai du corps de mon frère, les larmes ruisselant sur mes traits tirés et fatigués. Je ne voulais pas qu’on me touche, je ne voulais pas qu’on m’approche. Le souvenir des mains puissantes de mon frère autour de mon cou était trop frais. Tout ce que je souhaitais présentement était de retrouver un peu de contrôle. Sur mon corps d’abord, car les frissons, les picotements et les douleurs vives après les mauvais traitements de Jude étaient encore trop présents. Sur la situation car il était clair qu’un cadavre au milieu d’une salle commune représentait un lot de conséquences très inquiétantes… Et puis, il me fallait reprendre mes esprits. Penser correctement.
Seul le contrôle pouvait me faire revenir à moi.


- Il…il est… mort, n’est-ce pas ? articulai-je, l’incitant à vérifier.

Bien sûr, il l’était. Sa poitrine ne se soulevait plus, ses yeux étaient toujours ouverts comme si le moment où j’avais planté le tisonnier dans sa chair avait figé son regard, capturé sur l’instant.
Je m’éloignai un peu plus à reculons, mes genoux se râpant contre le vieux tapis tâché. Ma respiration retrouvait à peu près son rythme, mais j’avais la tête qui continuait de tourner et de tourner encore alors que le jour se faisait dans mon esprit. Soudainement, je voyais le résultat de toutes ces années de silence, de toutes ces disputes et blessures secrètement enterrées dans les recoins de ma tête… Et maintenant, il faudrait l’enterrer lui. Mon frère, mon propre frère… N’était-il pas censé être une protection, un soutien sans faille ni limite ? Il aurait dû l’être. Il aurait dû être un tas de choses qu’il ne serait plus en mesure d’être à présent. Il n’était plus. Simplement.
Pourtant, ce n’était pas si simple. Il n’était pas juste mort, terrassé par une maladie quelconque, emporté par la vieillesse…c’était un meurtre. Un premier horrible, effroyable meurtre au sein même d’une famille de sorciers sangs-purs, préalablement pointés du doigt par la trahison d’un père trop faible et égoïste. La honte avait déjà fait assez de dégâts chez les Dunkan.
Personne ne devait savoir, personne ne devait trouver quoique ce soit qui puisse révéler les circonstances de la mort de Jude. Etait-il même nécessaire qu’ils sachent qu’il serait bientôt poussières ?

Je regardai Lev un instant, alarmée et incapable de retrouver mon masque de froideur habituel. Ce n’était d’ailleurs pas le moment de penser à l’image que je devais renvoyer car il était évident qu’il s’en fichait autant que moi présentement. L’important était là, sous nos yeux… inerte et dégoulinant.


- D’accord…d’accord… on a qu’à…on a qu’à…

Mes tentatives de réflexion n’allaient pas bien loin. Tout était une distraction : des blessures qui me recouvraient jusqu’à l’angoisse qui m’agitait. L’implication de Lev, le corps de mon frère juste à côté de moi… n’importe qui pourrait nous surprendre. Je secouai mes mains qui tremblaient désagréablement, tentant de retrouver un peu de calme mais ma peau me brûlait, me lançait comme pour me rappeler ce que je venais de subir. Ma gorge était toujours douloureuse, ma voix éraillée en était la preuve. Les larmes venaient encore picoter mes yeux qui ne pouvaient se détacher bien longtemps de Jude ; ils y revenaient sans cesse comme pour me punir avec cette vision atroce. J’avais poignardé ma propre famille, répandu le sang noble d’un sang-pur sur le sol de la salle commune…
Il l’avait mérité. Il l’avait mérité… C’était tout ce à quoi je devais penser pour l’instant. Il l’avait mérité. Sa mort sonnait la fin de mon tourment, des peurs secrètes de recevoir encore et encore les mêmes coups qu’il m’assénait sans cesse. La fin. C’était la fin.
J’étendis mes bras devant moi, abaissant mon dos pour coller mon front contre le tapis et expirer doucement par le nez. Mes doigts attrapèrent le tapis. Je ne pleurai plus mais je mordais furieusement mes lèvres. Le goût du sang sur ma langue m’arrêta. Je respirai aussi lentement que possible pour calmer mes nerfs, pour instaurer le calme dont j’avais besoin pour réfléchir efficacement dans une situation pareille.


- Je l’ai tué Lev
, murmurai-je. Je l’ai tué. J’ai tué mon frère. Tout est allé tellement vite...il était incontrôlable. Je n’avais pas le choix, tu comprends ? demandai-je en relevant la tête.

Oh, il n’avait pas besoin de comprendre… J’avais juste envie qu’il fasse semblant, qu’il acquiesce dans saisir un mot. Peu importait. Peut-être avais-je besoin qu’il prétende avoir compris ?
Je savais de quoi ça avait l’air : une sœur maltraitée se vengeant de son frère alors qu’il ne s’y attendait pas ? Le pensait-il ? J’étais prête à lui montrer mes bleus, mes marques accusatrices.


- Il faut fermer l’entrée de la salle commune avant que quelqu’un n’entre et nous surprenne, lui dis-je. Et il faut… il faut prévenir Rabastan. J’étais en haut avec lui et puis je suis descendue…et…- je serrai les dents à ce souvenir il doit se demander ce que je fais.

Je me redressai, le dos droit et m’appuyai sur mes avant-bras pour me lever. Mais à peine fus-je sur mes jambes que je retombais lourdement dans une exclamation surprise. J’en avais presque oublié ma cheville qui n’avait pas aimé que je retombe de tout mon poids dessus, en tentant vainement de m’échapper de la poigne de Jude. Tout ce que j’espérais était que rien n’était cassé.
J’étais tombée sur les fesses en grimaçant, et je tins ma cheville pour examiner les dégâts. Elle avait déjà commencé à bleuir.


- Si ça ne t’ennuie pas…je crois que je vais rester sagement ici, grognai-je sous la douleur.

Je me hissai lentement sur le premier fauteuil que je trouvais. Rabastan devait être prévenu. Déjà, car l'idée de l'exclure de tout ceci me paraissait stupide et improbable. Après tout, il m'avait toujours soutenu dans les situations les plus délicates possibles - notamment pour l'affaire de la fille Perkins. Sans lui, je risquais de faire des erreurs. Je n'étais pas en état de penser, je me savais inutile et encore sous l'effet du choc pour pouvoir aider Lev à gérer les conséquences. Il était hors de question qu'il fasse tout tout seul. Il n'était d'ailleurs pas obligé de rester, de s'impliquer définitivement dans cette histoire - notre dernière dispute ne lui donnait sûrement pas envie de me venir en aide, et en cela son attitude me surprenait. Il avait accouru vers moi. Etait-ce là le signe de son pardon ? Ou faisait-il preuve du soutien permanent qu'il offrait à ses proches en général ? Nous étions un clan, nous devions nous unir - Rabastan me l'avait assez répété et montré. Ainsi, son esprit stratégique et son expérience n'étaient pas seulement ce dont j'avais besoin en cet instant en plus de celles de Lev. Sa présence suffisait à me rassurer - sa façon de gérer ces choses-là avec autant de sang-froid qu'il en était capable m'avait toujours fasciné. Puis, il s'inquièterait sûrement en ne me voyant pas revenir. Il devait faire partie de ça comme il avait fait partie de l'histoire avec la fille de l'auror.
Encore un Dunkan en moins...
Mais pas n'importe quel Dunkan... Automatiquement, Rabastan comprendrait. Il allait découvrir qui était le responsable de mes bleus de la dernière fois, lors de ce voyage à Londres. Ces bleus-même qui l'avaient tant énervé. J'avais réussi à brouiller les pistes, à l'orienter vers un autre membre de la famille contre qui il n'agirait pas, mais cette-fois ci... plus de secrets. Plus de mensonges - même si techniquement je n'avais pas vraiment mentis. Plus de tricherie néanmoins.
Il saurait. Et c'était en cela que la situation m'angoissait le plus certainement. Lev savait depuis quelques temps, depuis le jour où il avait surpris une dispute et où je lui avais fait promettre de ne rien dire. Un secret contre un secret... Je n'avais jamais dit qu'il jouait du violon comme un Dieu ou qu'il pouvait faire preuve de sensibilité - j'avais gardé nos moments privilégiés à l'écouter jouer pour moi, personne n'avait jamais su. Il en avait fait autant. Tout ce que j'espérais ... c'était que son silence ne se retourne pas contre lui.

Avant qu'il ne parte chercher Rabastan, je me tournai une fois de plus vers lui.


- Lev ? ... Rabastan ne doit pas savoir que tu étais au courant bien avant ça, le prévins-je.



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MessageSujet: Re: Underneath the ground - Lev & Rabastan Mer 18 Sep - 12:13

Gaël ne parut pas prendre immédiatement conscience de sa présence, trop choquée pour cela. Lev se contenta de rester agenouillé à côté d’elle, sans la brusquer, ni avoir d’autres gestes vers elle que ceux qu’il avait déjà amorcés. Il tenait moins que tout à la brusquer ; elle était déjà bien assez en état de choc comme cela, sans qu’il en ajoute encore. Il attendit donc qu’elle redevienne consciente de la réalité, lui laissant le temps de reprendre ses esprits. Ils ne craignaient rien de toute façon ; le garçon savait son sortilège de protection suffisamment solide pour que nul ne vienne les déranger. Le plus important pour l’instant était de s’assurer que Gaël se remettait un peu, ne s’enfonçait pas davantage dans son état de choc. Il leur faudrait ensuite remettre un peu d’ordre dans la salle commune…
Le regard de la jeune fille restait vague, dans le flou, comme si elle peinait à accommoder. Elle peinait à le voir. Lev espéra que Jude n’était pas allé trop loin dans sa tentative d’étranglement, qu’il ne l’avait pas empêchée de respirer trop longtemps… Car si l’état de Gaël nécessitait des soins médicaux, il ne voyait pas comment justifier son état à l’infirmière ou même aux guérisseurs de Sainte Mangouste. Parler d’une agression dans les couloirs serait sans doute le plus simple, mais la disparition de Jude au même moment ne ferait qu’attiser les questions. L’esprit de Lev tournait, tandis qu’il restait à côté de Gaël. La respiration haletante de celle-ci témoignait bien du choc qu’elle venait de subir. Le Serpentard continua de lui parler doucement, sans accorder grande importance au sens des mots qu’il prononçait. De toute façon, Gaël n’était pas en état de le comprendre. Il comptait simplement sur la musique des mots pour l’apaiser, la réconforter un peu, calmer la crise de panique qui la menaçait. La rassurer comme il pouvait, sans l’envahir non plus. Sa présence pouvait jouer également, en apportant un soutien et un renfort à la jeune fille, quelque chose à quoi se raccrocher. La soudaine sollicitude du garçon, son attitude qui contrastait si fort avec sa froideur ordinaire auraient eu de quoi surprendre quiconque serait entré dans la salle à cet instant. Mais heureusement, cela ne risquait pas d’advenir. Rares étaient les personnes qui pouvaient voir le côté plus doux du garçon, réellement soucieux de ses proches et de ses amis. Il avait trop perdu pour ne pas s’inquiéter de ceux qui lui restaient.  
Gaël parut soudain reprendre conscience de ce qui l’entourait, en se dégageant brutalement de lui. Elle ne supportait pas son contact… Il aurait dû se douter de sa réaction, à voir les marques qu’elle portait. Lev recula aussitôt que Gaël s’exclama, dans un mouvement lent cependant, pour bien lui montrer qu’elle ne risquait rien, qu’il n’y avait aucune menace.

–Bien sûr, excuse-moi…

Toujours cette douceur dans la voix pour la rassurer, pour qu’elle sache bien que c’était lui, et qu’elle était en sécurité. Gaël ne le regardait pas, gardant les yeux fixés sur le corps de Jude, juste à côté d’eux. Le jeune homme paraissait étrangement massif ainsi étendu, inerte. En le regardant, Lev ne parvenait pas à éprouver la moindre pitié pour lui, encore moins du chagrin ou de la tristesse. Il ne se rappelait que trop bien la première fois où il l’avait surpris en train de s’en prendre à sa sœur. Il allait la frapper, et seule son apparition inattendue l’avait retenu. Mais Lev en avait assez vu pour comprendre de quoi il retournait. Gaël lui avait fait promettre de ne rien dire, et il avait tenu sa parole, mais il n’avait jamais été capable d’éprouver la moindre once de respect pour l’aîné des Dunkan. Il le méprisait et ne le cachait pas au principal intéressé. De fait, lui et Jude ne s’étaient jamais vraiment entendus. Lev l’avait souvent empêché de s’en prendre à sa sœur par sa simple présence, en restant simplement proche de Gaël, et l’autre ne le lui pardonnait pas. Vu le lien qui l’avait uni à son propre frère –Alekseï ne l’aurait jamais frappé ainsi, quoi qu’il lui reprochât–, Lev avait du mal à comprendre qu’on puisse ainsi s’en prendre à sa famille, sans raison autre que celle de faire mal ou d’exprimer sa propre violence. Mais Jude semblait incapable de se contrôler sur ce point… Aux yeux du Serpentard, l’aîné des Dunkan n’avait jamais été rien d’autre qu’un minable et une pourriture. Et au fond, il avait mérité ce qu’il lui arrivait à présent.

Gaël lui demanda alors si Jude était bien mort. Il l’était on ne peut plus, ce que Lev confirma rapidement à voix haute. La voix rauque, difficile, de la sixième année montrait bien qu’elle était encore loin d’être remise. Le garçon suivit avec inquiétude les gestes de Gaël, tandis qu’elle s’éloignait un peu plus du corps de son frère. Il était réellement inquiet pour elle, des conséquences qu’allait avoir ce qu’elle venait de vivre. Conséquences immédiates, mais aussi plus lointaines. Le garçon était bien placé pour savoir qu’on ne se remettait jamais vraiment de la mort traumatique d’un de ses proches, encore moins quand on en était soi-même responsable. Dans les prochaines semaines, il veillerait à rester proche de la jeune fille, à lui apporter son soutien, même si cela restait discret, pas vraiment visible aux yeux de tous. Ils se retrouvaient assez régulièrement tous les deux, lorsqu’il jouait du violon, pour qu’il profite de ces occasions pour lui parler un peu. Certes, il lui en voulait toujours pour la façon dont elle lui avait parlé dans ses lettres, le traitant ouvertement de lâche, ce qu’il n’avait absolument pas admis. La discussion s’était quelque peu envenimée par la suite, et le garçon attendait à présent les excuses de Gaël. En la circonstance, ce n’était pas à lui de faire le premier pas. Elle l’avait insulté… Et il n’était nullement lâche. Il avait failli l’être autrefois, après la mort de son frère, avant de se reprendre, et de se promettre de ne plus faillir, fondant là les bases d’une volonté inébranlable. Cependant, malgré la rancune qu’il conservait envers Gaël, il n’allait certainement pas l’abandonner dans un tel moment. Il était loyal à ses proches et à ses amis ; c’était au moins quelque chose qu’on ne pouvait pas lui enlever.

Son regard croisa celui de Gaël. Elle semblait alarmée. Sans doute réalisait-elle petit à petit les conséquences de ce qui venait de se produire, mais elle ne parvenait pas à reprendre le contrôle d’elle-même. Normal. Le garçon lui coupa la parole doucement :

–On va devoir faire disparaître toutes les preuves.

À commencer par la plus évidente d’entre elles : le corps. Il allait falloir l’enterrer dans la plus grande discrétion. Avec cynisme, Lev se dit que Jude avait bien choisi son moment pour s’en prendre à sa sœur. À deux heures du matin, c’était presque un service qu’il leur rendait ; au milieu de l’après-midi, leur tâche aurait été éminemment plus compliquée… Le garçon hiérarchisait les priorités dans son esprit : d’abord Gaël, puis isoler Jude du sol de la salle commune, nettoyer le sang, au moins la plus grosse partie, rendre à la salle commune son visage ordinaire… Se débarrasser du corps, puis revenir effacer les dernières traces, afin que rien ne subsiste du drame. Il raisonnait avec calme et froideur, chassant au loin sa fatigue. Il n’avait plus qu’à espérer qu’une migraine ne le prendrait pas au milieu de tout ça. Si Morgane voulait rembourser un peu de la dette qu’elle avait à son égard, c’était le moment ou jamais.  
À côté de lui, Gaël tentait toujours de se calmer. Lev ne tenta pourtant aucun geste vers elle, restant simplement à proximité, la soutenant encore par sa présence. Elle reprit la parole, répétant qu’elle avait tué Jude. Il comprenait, oui. Il savait à quel point son frère pouvait avoir des explosions de violence ; les marques sur le cou de Gaël en témoignaient ouvertement, soulignaient la déchéance profonde d’un frère qui s’en prenait à sa propre sœur. Cette fois, Jude était allé trop, beaucoup trop loin ; il avait clairement tenté de tuer Gaël, qui n’avait fait que réagir. Légitime défense. Et il valait mieux que ce fût ainsi, que Jude fût mort et que Gaël ait survécu. Si l’inverse s’était produit… Jude aurait payé le prix de ses actes.

–Je comprends, oui… Il t’aurait tuée sinon, tu n’as fait que te défendre…

Il comprenait pour de bon, ne rejetait pas la faute sur elle.
Elle commençait à reprendre ses esprits pour de bon. Lev sourit en l’entendant parler de sécuriser la salle commune.

–Ne t’en fais pas, je ne t’ai pas attendue pour cela. Personne ne nous dérangera, que ce soit depuis les dortoirs ou depuis les couloirs. Bonne idée pour Rabastan…

Le préfet serait sans nul doute un allié de poids dans cette situation. Non que Lev ne se sentît pas capable de la gérer lui-même, mais à cette heure, avec cette maudite fatigue induite par la maladie, il pouvait plus facilement commettre des erreurs. Évidemment, il aurait vérifié et re-vérifié tout, mais autant ne vraiment rien laisser au hasard.
Il se rapprocha lorsque Gaël tenta de se lever, prêt à la soutenir ou à la retenir. Il parvint à amortir légèrement sa chute, sans pour autant l’empêcher. Un coup d’œil sur la cheville de Gaël lui fit comprendre le problème.

–Ça me paraît la meilleure solution, répondit-il.  

Il l’aida à se hisser sur le premier fauteuil venu, en gardant toujours la même prudence dans ses gestes, puis fit apparaître de la glace d’un mouvement de baguette, qu’il lui tendit ensuite.

–Essaie de maintenir ta cheville en hauteur, et mets-ça dessus, ça te fera du bien.

Autant diminuer l’inflammation le plus tôt possible et éviter que ça ne s’aggrave. Pas la peine de préciser à Gaël de ne pas bouger, elle en était déjà bien consciente.  

–Je reviens vite.

Il s’éloignait en direction des escaliers, lorsque la voix de Gaël le retint. Il se retourna vers elle, approuva de la tête. Il ne dirait rien de plus que nécessaire à Rabastan. Il reprit son chemin rapidement, voulant éviter de laisser Gaël seule trop longtemps dans la salle commune, en compagnie du corps de son frère. Il ne lui fallut guère de temps pour rejoindre la chambre du Serpentard, gravissant les marches rapidement, sans un bruit. Tout semblait dormir –heureusement. Arrivé devant la porte, il frappa, accorda dix secondes à Rabastan pour dissimuler ce qu’il pouvait avoir à cacher, et entra sans plus de cérémonie. Autant aller directement à l’essentiel ; aucun des deux garçons n’était enclin à s’embarrasser de mots pour expliquer ou résumer une situation.

–Gaël et Jude se sont disputés ; il a tenté de la tuer, elle s’est défendue. Il est mort à présent, et elle aimerait que tu sois là pour gérer la situation avec nous. Tu viens ?


Difficile de faire plus court comme résumé ou comme invitation. Rabastan avait l’essentiel, il comprendrait le reste en descendant avec lui.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Underneath the ground - Lev & Rabastan Dim 10 Nov - 22:01


    N'importe quel Sorcier connaît le pouvoir des mots, et vous citera les formules magiques. Leur pouvoir dépasse pourtant de telles trivialités. Ce ne sont que de simples sons. Mais mis bout à bout, ces simples sons peuvent avoir les effets les plus extraordinaires et les plus dévastateurs qui soient. On peut galvaniser une foule avec des mots. On peut aussi la pousser à lyncher un innocent. On peut redonner l'espoir. Ou le faire disparaître définitivement. On peut créer la Vérité, la Justice. Et leur absence, plus pesante que le Silence ou la Cécité, peut rendre fou.
    Lev n'avait prononcé que quelques mots. Et l'effet fut plus soudain et plus violent qu'aucune formule magique n'aurait pu le faire. Un calme fatigué mais concentré se calcina plus vite qu'une allumette craquée. A la place la violence charriait déjà son flot d'adrénaline et de testostérone. Frustrée la violence : la cible, à peine évoquée, était déjà annoncée comme morte. Le visage en avait pâli de rage inexpressible, les mâchoires serrées, les yeux noircis, les jointures blanchies de crispation instinctive. Et c'est l'instinct aussi qui provoqua une expiration longue, profonde et nerveuse. Du sang-froid, c'est ce qu'il fallait, parce qu'il fallait désormais réagir vite et sans erreur.

    La seconde d'après, Rabastan était déjà debout, ouvrant d'une main son armoire, désignant de l'autre les affaires que Gaël avait laissées en désordre dans sa chambre. Mieux valait qu'elle les récupère au plus vite, le souvenir qu'il avait de la tenue que portait sa Sorcière en sortant ne correspondait pas vraiment aux nécessités du moment.


    -Prends-les, ce sont ses affaires à elle. Je vous rejoins dans une minute.

    Il s'habilla vite et machinalement, la tête bourdonnante de fureur chaotique, de pensées stratégiques, d'envies qu'il ne pourrait jamais assouvir et d'actions qu'il fallait rapidement mettre en place. Extérieurement, il aurait presque pu paraître calme sous un masque figé. Sauf que tout le monde sait que mettre un couvercle sur une casserole d'eau bouillante ne suffit pas à lui donner l'air d'être froide.
    Trop de fureur et pas une nature à la refréner. Quelques gouttes en trop qui remontèrent et il ne put s'empêcher de frapper violemment le battant ouvert du meuble, lui assenant une succession de coups rapides et brutaux, laissant échapper l'un de ses drôles de mélange de sifflement et de feulement venimeux. Rien que de très prévisible en fin de compte : ce n'était que sa manière habituelle d'exprimer un sentiment d'impuissance non digérée.
    Jude.... Jude.... Jude.... La mort avait été une fin beaucoup trop douce pour ce sale bâtard... Oh comme il haïssait de n'avoir pas su comprendre plus tôt. Tout cela avait un goût écœurant.
    La Trahison était la chose la plus exécrable au monde. Qu'elle ait été infligée à l'une des personnes qui lui étaient le plus chères lui en faisait ressentir d'autant plus vivement la brûlure poisseuse. Et Rabastan ne connaissait que deux façons de réagir à une blessure : l'indifférence ou la vengeance.
    Privé d'un exutoire, son cerveau cherchait instinctivement un autre coupable, un bouc-émissaire sur lequel faire passer la faute. Au fond c'était presque vital, sinon ça lui userait les nerfs, le rendrait trop agressif, lui ferait faire des erreurs, et personne n'avait besoin qu'il soit nerveux pas vrai ? Quelqu'un, quelqu'un... Quelqu'un. Il le trouva sans trop de difficulté. Oh dans le fond ce n'était pas si difficile, celui-là se trouvait déjà être un obstacle encombrant. Un obstacle que Rabastan s'était interdit de faire sauter jusqu'ici, mais puisque les choses venaient de changer ce soir, c'était aussi désormais le cas de sa marge de manœuvre. C'est ce qu'on appelle un mal pour un bien, n'est-ce pas ?
    La tension en baissa d'un coup. Cette obsession calmée, toute sa concentration passa sur l'élaboration d'un plan, le sang-froid lui revenant naturellement à mesure qu'il plongeait dans son élément naturel, hiérarchisant les priorités, ordonnant les actions à mener simultanément, les pièges à éviter, les détails à peaufiner. Il jeta un sort d'imperméabilité sur le drap du lit qu'il tira et glissa ensuite en boule sous son bras, mécaniquement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait plus besoin de se rappeler que le sang goutte et tache et le Serpentard se procurait sans même y penser de quoi éviter les incidents de parcours. Littéralement.
    Le scénario, les alibis, tout était déjà en place lorsqu'il pénétra dans la salle commune. Le reste de la machinerie se mettrait rapidement en place. Ce n'était qu'une question d'adaptation et de méthode.

    La méthode d'ailleurs, c'était de commencer par avoir une vision globale, puis des erreurs à corriger. Les traces à effacer. Les acteurs. Le mort. Les témoins. La salle commune, les meubles et objets qui n'étaient plus à leur place. Le sang et les cendres. Lev. Gaël. Jude. Pas de témoin.

    Les yeux sur le corps de Jude flambèrent de haine. Malgré tout le self-control qu'il avait réussi à rassembler, le Sorcier ne put retenir un rictus agressif, les lèvres se retroussant sur des dents serrées de fureur entravée. Toute sa maîtrise de lui-même n'était alors vouée qu'à la stratégie, il n'en restait plus une once pour se donner une apparence plus calme et rassurante, pour ne serait-ce que cesser de froncer furieusement les sourcils. Trop de pulsions, aucune qui puisse être assouvie. Le jeune homme ferma les yeux pour se couper de ces tentations. Quand il les rouvrit ce fut pour la regarder elle de nouveau. Le sang, les bleus, les traces sur son cou... Tttt, ce n'était pas sur ça qu'il fallait se focaliser. Une nouvelle expiration profonde et un passage direct vers la case "action".

    Il n'y eut donc pas de "comment ça va ?". Cette question ne lui venait jamais naturellement aux lèvres mais cette fois elle aurait été de toute manière inutile et stupide. Ça n'allait pas quand un frère avait tenté de vous tuer. Mais ça allait visiblement assez pour pouvoir bouger et agir. Ça se voyait dans les yeux de la jeune fille. Les prunelles étaient toujours la première chose à regarder, c'était là, au fond des pupilles, qu'on pouvait le mieux estimer les forces qui restaient, la volonté à mobiliser, la souffrance ressentie. C'était tout ce qu'il y avait à savoir pour le moment. Toute autre information, dans l'immédiat, aurait été une perte de temps. Un luxe qu'ils ne pouvaient pas se permettre.


    -Il faut emmener son corps dans ma chambre maintenant., annonça-t-il sans cérémonie, sortant puis dirigeant de sa baguette le grand drap sur le corps qu'il enveloppa rapidement, en en faisant un paquet informe. Rabastan estima l'ensemble d'un coup d'œil. Il n'y avait pas tant de sang que ce à quoi on aurait pu s'attendre avec autant de perforations. Rien n'avait coulé à plus d'un mètre du corps, c'était dire si les dégâts étaient minimes. Il fallait sans doute remercier le tisonnier qui avaient cautérisées les plaies. Cela leur simplifierait le travail. Mais ça ne changeait rien à la nécessité de faire vite.

    En tant que préfet il était parfaitement placé pour savoir que la salle commune n'était pas si déserte la nuit. Et il y avait eu une soirée cette nuit-là. Si la porte était gardée par un sortilège – comme il présumait que Lev s'en était assuré – ça retiendrait les témoins gênants mais ça créerait néanmoins un obstacle dont on se souviendrait le lendemain. Or ça ne collait pas avec l'histoire que Rabastan venait d'élaborer, la thèse qu'il voulait suggérer par quelques détails à ceux qui se chargeraient bientôt d'expliquer la disparition de Jude Dunkan. Il fallait que la pièce retrouve le plus vite possible son aspect le plus normal, que chacun puisse y circuler comme si rien ne s'y était passé. Il ne fallait pas d'accroc. Que tout ait l'air absolument normal.
    Quant au choix de la chambre, il paraissait évident. Seul le préfet n'avait pas à souffrir des désagréments de la collocation, privilège chèrement gagné et qui prouvait, une fois de plus, son utilité.


    -Gaël tu devrais venir aussi. Lev, tu peux te charger d'effacer les traces seul ?

    C'était une question purement rhétorique et qui, finalement, ressortait presque de la courtoisie. Bien sûr qu'Avdeiev en était capable. C'en était tellement évident que Rabastan n'attendait aucune réponse et se tournait déjà vers la jeune fille. Le "devrait" aussi tenait plus de la diplomatie qu'autre chose. C'était net qu'elle ne pouvait pas rester dans la salle commune, surtout dans cet état-là. Il lui tendit le bras pour l'aider à se relever et la souleva pour la porter. Elle aurait probablement pu marcher jusqu'à la chambre, appuyée ou non sur lui, mais ça aurait été beaucoup trop lent et aurait aggravé la blessure de sa cheville. Tant pis si elle prenait mal un geste qui pouvait lui donner l'air fragile. Le temps était toujours un facteur crucial dans ce genre de situation, et les égos à préserver se trouvaient très loin dans la liste des priorités. De sa main libre il effectua un mouvement de baguette vers le corps de Jude.

    -Levicorpus. Et Lev : prends ton balais quand tu nous rejoindras. Et des brise-sortilèges si tu en as.

    Pas question de sortir le corps du château par les couloirs. Trop long, trop compliqué, trop risqué. Mais ce n'était pas la partie la plus hasardeuse du plan que Lestrange comptait mettre à exécution. Une fois hors du château, il n'y aurait qu'à peine une minute, aller et retour, où le risque qu'on les repère se présente. Et encore. En revanche, il pouvait être plus difficile de réaliser une étape intermédiaire. Et pour bien y parvenir, il avait besoin d'informations. Rabastan n'attendit pas d'avoir rejoint sa chambre pour les obtenir, malgré le pas accéléré auquel il s'astreignait, malgré la concentration maintenue pour le sortilège faisant voler le corps devant eux.

    -Je sais que tu dois pas avoir la tête à ça, Gaël, mais j'ai besoin que tu me dises rapidement tout ce que tu sais sur la chambre de Jude. Est-ce qu'il la partage avec quelqu'un et qui ? Est-ce que tu sais comment elle est meublée ? Quels genres de sorts il aurait pu mettre sur ses affaires ? Est-ce qu'il y a des choses qu'il n'abandonnerait jamais derrière lui ?

    Il éprouvait d'autant moins de scrupules à la noyer sous ces questions qu'il avait l'expérience de ce que ça pouvait avoir de bénéfique de détourner l'attention de quelqu'un qui venait de subir une terrible expérience vers quelque chose nécessitant sa concentration. C'était une façon d'écarter l'esprit d'une blessure mentale encore vive. Cela permettait de mieux encaisser, de retrouver une volonté embrumée par le choc, de réamorcer toutes ses facultés. Il le savait bien pour s'assurer habituellement du contraire et n'offrir aucune échappatoire à ses propres victimes, fusse-t-elle verbale.
    Oh oui, il allait s'assurer que Gaël ait de quoi s'occuper l'esprit jusqu'à ce que tous les détails soient aussi bien réglés que le plus luxueux des papiers à musique. Jude disparaîtrait sans créer de vague. A peine quelques ondes... D'une manière ou d'une autre, l'enquête finirait par conclure qu'il s'était agi d'une fugue. Rien de plus alarmant. De toute manière, qui s’inquiéterait longtemps de son absence ? Il n'existait plus personne pour le regretter.
    Le préfet ouvrit la porte et fit pénétrer le corps dans sa chambre avant eux, lequel glissa de l'autre côté du lit contre le mur sous la fenêtre. La première étape venait de s'achever.


    Les mots font partie des pouvoirs les plus puissants qui existent. On est paisiblement en train de lire un livre passionnant, attendant d'arriver à la fin du chapitre pour éteindre la lumière et dormir profondément. Quelques mots sont prononcés et dans les cinq minutes qui suivent, on s'apprête à maquiller un meurtre.
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Underneath the ground - Lev & Rabastan

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